carnet de voyage à Bornéo

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Posted by Sébastien Meys on November, 07th 2007 at 02:13 PM ▲ Top ▼ Bottom

Nota bene : il faut faire le choix Trier les messages : par date


Bonjour à tous premier post pour moi ici :) Non pas que je sois timide mais je manquais un peu de matière en animaux purement sauvages pour participer :)

De retour d’un voyage à Bornéo dans la province de Sabah c’est un problème résolu :)
Voila donc un petit carnet de voyage sur cette magnifique région du monde. C’était le premier contact avec l’Asie, les forêts tropicale humide, les sangsues et tout le reste mais c’était génial quand même !

Ce début octobre nous atterrissons donc à Kota Kinabalu, premières impressions de l’avion : toutes les zones encadrant les pistes sont littéralement couvertes d’aigrettes et de hérons garde-bœuf. Oiseaux magnifiques au demeurant mais dont la présence, en quantité, juste à coté de nos moteurs ne manque pas de laisser rêveur.
Nous retrouvons notre contact local, Marc Ancrenaz qui est le fondateur d’une ONG (Kinabatangan Oran Outan Conservation Project) dédié à la conservation sur le long terme de l'orang-outan. Qui nous dépose à notre hôtel avant de nous conseiller vivement d’acheter nos souvenirs maintenant parce que après… Bref un peu fracassés par le voyage mais décidés à ne pas dormir avant la nuit, nous déambulons dans la succession de centres commerciaux qui doivent compter la plus forte proportion de vendeurs de téléphone portable au monde. Nous complétons notre documentation dans une librairie locale (moins dur à trouver qu’en France, moins cher et en plus les 150 euros de supplément de bagages ça suffisait !).
Détour au marché plus traditionnel et au handycraft market (artisanat local). La ville fourmille de vie, la chaleur est étouffante mais les gens d’une gentillesse rare.

Lendemain matin levés avec le soleil (6h donc), frais et dispo, et première étape le bird sanctuary. Une zone humide protégée en plein cœur de la ville. Un taxi nous y dépose et nous voila dans une zone humide en milieu de marée descendante, des centaines de détritus plastique jonchent les sols, d’abord surpris nous réalisons que c’est la marée qui, chaque jour, en apporte un peu. Nous sommes accueillis par un concert assourdissant de… on ne sait pas quoi, ça claque mais c’est invisible. Passé quelques minutes, on comprend que dans la vase fouissent des milliers de vers ou petits crustacés qui provoquent des bulles d’air, quand elles éclatent à la surface on les entend, multiplié par la quantité c’est impressionnant !
Le bilan de la visite est finalement modeste, des aigrettes (le pigeon local quoi), nous n’aurons vu aucun représentant de la colonie de hérons pourprés mais le contact est pris nous sommes enchantés !
Quelques images du sanctuaire, des aigrettes et d’un jeune python réticulé capturé quelques heures plus tôt par des pompiers.


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Posted by Cécile BH on November, 07th 2007 at 02:20 PM ▲ Top ▼ Bottom

Bienvenu sur NUNDA Sébastien :p

Quelle entrée en matière dis donc ! J'avais encore jamais vu personne attaquer par un carnet de voyage :lol: Très bonne idée que tu as eu là car nous allons pouvoir faire d'une pierre deux coups:
-Te connaître
-Découvrir la faune de bornéo vue par tes yeux

Allez hop! Je suis prête à t'écouter, te regarder, en avant pour un fabuleux voyage!!

Tu attaques fort! Tes images sont très très belles ! :cool: :cool:

Amicalement,

Cécile

Posted by Bernard BLESL on November, 07th 2007 at 02:35 PM ▲ Top ▼ Bottom

Chic, Sébastien, tu nous permets de voyager ailleurs qu'en Afrique. Pas que j'en ai marre du continent noir, mais changement d'hervage ne réjouit-il pas les beaux ? Or, pour en être un, j'en suis un...

A bientôt pour la suite de ton carnet attendue avec impatience !

Bernard

Posted by Catherine Lanneluc on November, 07th 2007 at 02:35 PM ▲ Top ▼ Bottom

Salut Sébastien !

J'attendais ton arrivée sur les forums, depuis que j'avais vu ton inscription, et ton site !
(j'adore le bassin d'Arcachon, entre autres)

C'est une belle entrée que tu nous fais, je suis ravie d'aller un peu me promener en Asie... (mon terrain c'est plutôt l'Afrique)

Ton texte est très bien aussi, vivement la suite !

Amicalement ;)

Catherine

PS : pour les smileys, tu as du choix en bas du message que tu es en train d'utiliser, il suffit de cliquer dessus.

Posted by Sébastien Meys on November, 08th 2007 at 09:51 AM ▲ Top ▼ Bottom

rebonjour à tous et content que le debut vous ai plu :)
content aussi de trouver d'autres amoureux du bassin ;)

Voilà la suite donc, chapitre 2, les tortues !
Sandakan … la ville qui a fait le plus de milliardaires au monde dans les années 70. En parcourant ses rues pour nous rendre à l’embarcadère, nous réalisons la volatilité de l’argent. La ville est en mauvais état général, rien n’est resté sur place, des forêts millénaires grandes comme un tiers du territoire français ont été coupées en l’espace de deux décennies. Des sommes d’argent absolument énormes ont circulé … et tout est parti.
A l’époque Sabah était la première des onze provinces qui forment la Malaisie, en terme de revenus et cela uniquement grâce à l’exploitation du bois. Il sortait plus de bois de la seule île de Sabah que de tout le continent africain !

Mais pour l’heure nos regards sont tournés vers la mer. Nous naviguons une petite heure vers l’île de Pulau Selingan aussi connue sous le nom de Turtle Island. Le Sabah Wildwife Departement y gère un programme de protection des tortues marines.
Turtle Island est la principale et celle accessible au public dans le cadre d’un programme imposé : 1 jours/1 nuit et peu de place (une quarantaine).
L’île est petite et une fois acquittées les taxes d’entrée et d’autorisation de photographier la nuit (sans flash nous a-t-on précisé avec insistance) nous trouvons sans difficulté le bungalow. Quatre maisons au nord de l’île abritent de petites chambres simples, mais avec clim et frigo quand même ce qui ne manque pas de surprendre quand on considère l’isolement relatif de l’île.

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Les installations scientifiques sont simples et composées essentiellement par un grand espace ou sont enterrés, à intervalles réguliers et dûment identifiés, les œufs de tortues.
En effet la méthode est la suivante, la nuit les tortues viennent sur les plages pour pondre. Des rangers surveillent, à la fois pour éloigner prédateurs et braconniers et surtout pour prélever l’intégralité des pontes qui sont ensuite ré-enterrées à la nursery. Une partie de cette espace est à l’ombre car le sexe est déterminé par la température ambiante durant l’incubation. A l’ombre cela donnera des mâles, au soleil des femelles. Les rangers nous expliqueront appliquer une stricte parité dans le choix du sexe mais la distribution de l’ombre sur le site et le nombre de nid indique plutôt une préférence pour des femelles. L’horloge biologique de ces petits bout de choux est ainsi faites qu’ils sortent tous en même temps afin de favoriser leurs chances vis-à-vis des prédateurs (ainsi débordé par le nombre). A chaque éclosion les petites tortues sont donc remises à l’eau par les rangers dont un petit nombre sous les yeux émus des touristes.

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L’après midi est occupé par un tour rapide de l’île suivi d’un snorkeling dans des eaux strictement délimitées, peu profondes mais finalement très riches en vie.
Petite séance photos au coucher du soleil, repas du soir, visionnage d’un film sur les tortues, visite du petit musée et l’attente commence.

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Posted by Sébastien Meys on November, 08th 2007 at 09:54 AM ▲ Top ▼ Bottom

Il est 20 heures, on nous annonce que nous serons divisés en 2 groupes, le 1 part dans 30 mn, le 2 vers 23 heures et nous sommes dans le 2. Le groupe 1 part, revient bien vite, échange trois mots et part se coucher sans que nous soyons très sûr de ce qu’ils ont vus.

Nous sortons finalement traquer la faune locale nocturne avec nos lampes frontales, histoire de tuer le temps. Rassurez-vous, cela se limite à chercher les Geckos qui se baladent alentour… Bien nous en prend, Florence trouve un bébé tortue qui, d’un pas décidé, filait direct vers le bâtiment. Les gens viennent voir et tout le monde s’attendrit, un autre couple a trouvé un second bébé qu’il s'est empressé d’aller remettre à l’eau. Nous on est sage, pas d’initiative hasardeuse, je vais demander et on me dit de le remettre à l’eau sans plus de détails.

Tout émus, nous nous écartons de 100 ou 200m et Florence dépose cette petite boule d’énergie dans l’eau. Stupeur, elle fait demi tour et revient direct vers nous. Nous percutons… la lumière doit l’attirer. Je la prends, m’éloigne un peu, éteint ma frontale, la remets à l’eau et m’éloigne rapidement. Comment savoir dans le noir... j’attends un peu, m’avance prudemment mais j’ai peur de l’écraser si elle est revenue. Enfin j’allume ma frontale en masquant la lumière de ma main. Et je tombe sur mon bébé tortue coincé entre les pinces d’un crabe bien costaud, je vais pour tenter de la dégager et il file dans l’eau. J’insiste quelques secondes mais la raison l’emporte c’est ainsi…

Et si par miracle, je la récupère des pinces du crabe qui n’a pas l’intention de se laisser faire, je risque de trouver un bébé blessé ou mort. Je reviens penaud annoncer la triste nouvelles aux spectateurs atterrés, on oublie trop vite qu’un seul minuscule pour cent des bébés arrive à l’âge adulte !
Nous reprenons notre attente, une pensée triste dans la tête pour un bébé tortue qui aura eu une vie bien courte.

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23H30- Un ranger arrive et annonce «Turtle time», d’un bond nous sommes sur ses talons et il nous emmène vers la plage où, l’après-midi même, nous avons lézardé. Voix basses, instructions, on éteint tous nos lampes, on progresse maladroitement et en silence sur la plage et puis nous voilà devant une tortue verte en train de pondre. Émotion… Le ranger explique que c’est à ce stade seulement qu’on peut l’approcher sans risquer de compromettre la ponte. 65 œufs seront récupérés. Je tente quelques photos sans flash (interdit évidemment) dans une obscurité presque totale, tandis que dans le noir complet et juste à quelques mètres de nous, nous entendons une seconde femelle en train de creuser son nid.

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Cinq minutes passent, peut-être dix, et demi-tour nous partons à la nurserie. Là, les œufs sont ré-enterrés. Vu la position, ce sera sans doute des femelles, la petite planche est plantée et porte en guise d’épitaphe la date, le numéro de ponte et le nombre d’œufs. La ranger chasse bien vite la sinistre comparaison en faisant remarquer que ici ce n’est pas « rest in peace » mais « grow in peace » :o).

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Dernière étape le relâcher… Cette dernière étape nous laissera un sentiment étrange. Toujours dans le noir nous allons sur une autre plage proche de la nurserie, nous formons une allée et là, par terre, dans un petit cageot en plastique, attendent 2 ou 3 douzaines de bébés. On nous explique de nouveau le problème de réactivité à la lumière et tout le monde éteint sa lampe. Seul le ranger garde allumée la sienne et nous avons une minute pour tenter de faire trois photos.

Le cageot est versé sur le sable et quelques bébés filent à l’eau en suivant la lumière de la lampe tout en se dispersant entre nos pieds où ils deviennent impossibles à voir à cause de notre vision nocturne brouillée par la lumière du ranger. Nous n’osons pas bouger d’un millimètre de peur d’en écraser. Mais l’essentiel du groupe reste en tas sans bouger, sans réagir à la lumière. C’est donc une à une que le ranger les mettra à l’eau.

L’émotion est bien là de voir ces petits bouts se jeter péniblement dans la mer mais au fond de nous l’expérience à un goût amer, un relent d’improvisation terrible. Depuis combien de temps ces jeunes sont-ils nés et ont-ils attendu en s’épuisant en vain quelque part attendant d’être mis à l’eau devant les touristes ? Ne vaudrait-il pas mieux les mettre à l’eau à huis clos dans des conditions optimales plutôt que dans ce joyeux bazar où sont posés à la mer des jeunes visiblement sans énergie. Certes ces visites constituent pour le programme une importante source de revenus, mais la visite serait elle moins bien sans cette étape ?
Ne connaissant pas la réalité de l’organisation dans le détails ni le comportement « normal » de ces animaux ils nous est impossible de nous forger une opinion, nous resterons donc avec nos doutes.

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Retour au lit à minuit passé pour un départ le lendemain matin prévu à 7 heure et évidemment il est interdit de se promener sur les plages la nuit (c’est une chance d’ailleurs). Mon petit GPS portable me donnant un lever de soleil vers 6 heures nous décidons de nous lever tôt, pour tenter notre chance sur la plage aux premières lumières afin de peut-être apercevoir les mamans retardataires. Hélas la lumière arrive plus tôt qu’on ne le pensait et à 6 heures la plage est déserte mais constellée de traces des pontes de la nuit. Séance photo du lever du soleil et nous profitons de la quiétude du moment.

Et là … surprise ! Je tombe sur un bébé tortue qui descend de la plage et file vers l’eau aussi vite qu’il le peut. On ne saura jamais d’où il est venu. Les jeunes sont relâchés de l’autre côté de l’île, l’a-t-il traversée après les lâchers de la nuit, s’agit-il de l’éclosion d’un œuf oublié ou d’une ponte qui aurait échappé au ranger ? Impossible à dire mais ce bébé là est plein de vie et d’ardeur et il file directement vers la mer et le soleil qui a déjà bien franchi l’horizon. Photographiquement, c’est la déculottée nous sommes tous les deux en grand angle et la vitesse du bébé nous interdit tout changement d’objectif, dans quelques dizaines de secondes il sera à l’eau. Tant pis on fait ce qu’on peut et surtout on profite du moment !

On s’accroupit, on photographie, on regarde, et plouf ! la petite carapace est dans l’eau et s’éloigne déjà. La mer est d’huile et on voit le petit sillage formé par la tête s’éloigner sur cet océan gigantesque !

Me concernant, le séjour verra 2 gros regrets photographiques, ce moment en sera un, je me maudirai toujours de ne pas avoir été monté en télé-objectif afin de pouvoir mieux figer ces images, mais quel moment de magie totale …

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L’heure passe, nous filons à la chambre récupérer nos affaires, nous avons cinq minutes pour prendre un semblant de petit-déjeuner et nous embarquons sur le bateau de retour. Un rien triste de quitter l’île mais Sukau et la Kinabatangan nous attendent le soir même, c’est donc dans un mélange de mélancolie et d’impatience que nous laissons Pulau Selingan derrière nous...

La suite dans quelques jours je dois encore rédiger :)

Posted by Bernard BLESL on November, 08th 2007 at 11:28 AM ▲ Top ▼ Bottom

Je ne dirai qu'un mot, Sébastien :

Merci, merci, mille fois merci, je me régale, je veux y aller moi aussi à Bornéo, encore !

(bon, je sais, ça fait un peu plus d'un, mais quand on aime on ne compte pas !)

Bernard

Posted by Catherine Lanneluc on November, 08th 2007 at 01:36 PM ▲ Top ▼ Bottom

C'est super, j'adore !

Pour des raisons de lisibilité, je te conseille de découper ton récit en plusieurs posts, et aussi d'aérer un peu le texte par des alinéas.

Merci en tout cas de cette belle contribution

Catherine

je t'envoie un MP, signalé par un petit point rouge sur l'enveloppe blanche à côté de ton nom en haut de page

Posted by Sébastien Meys on November, 09th 2007 at 10:21 AM ▲ Top ▼ Bottom

pas de pb tu as entièrement raison ça faisait pâté !
je ferai plus attention au prochain post :)

Posted by André Bosmans on November, 09th 2007 at 06:45 PM ▲ Top ▼ Bottom

Bonjour Sébastien,
Félicitations pour ton site internet, j'adore tes photos et ta technique noir et blanc, merci pour ton descriptif en profondeur sur ta manière de faire.
C'est rare de voir en Europe quelqu'un de généreux comme toi, tu n'as rien à envier à Nick Brandt , quand je pense qu'il persiste à dire que ses photos ne sont pas retouchées :roll: , on voit bien qu'il vient du milieu de la pub ( ce qui n'enlève rien à son talent )

Posted by PIXI Pierre on November, 10th 2007 at 00:31 AM ▲ Top ▼ Bottom

Salut Sébastien,

Merçi pour ce reportage très intérréssant.

Et bravo pour la magnifique galerie N/B et sépia de ton portfolio.
Les animaux en N/B c'est pas facile, mais quand c'est traité comme ça ... :mrgreen: :mrgreen:

Pierre

http://www.tigresetnature.fr

Posted by Freefox Laxenaire thierry on November, 10th 2007 at 03:28 PM ▲ Top ▼ Bottom

Bonjour Sébastien, :D

Sympa le reportage sur les tortues ou j'ai failli aller.

Merci donc à toi que je découvre, alors welcome sur Nunda-da (hiiiiiiiiiiiiii) :D

Amicalement

thierry freefox

Posted by Sébastien Meys on November, 12th 2007 at 09:27 AM ▲ Top ▼ Bottom

merci pour l'accueil et content que les N&b aient du succés :)
Je ne savais pas que Nick Brandt disait ne pas retoucher ses images .. il y a peut-être seulement mauvaise entente sur les termes car pour certaines c'est une évidence !

Voila donc la suite de nos aventures à Bornéo, ce chapitre pourrait s'intituler:
Sur la piste de l'Orang Outan

Petite route forestière vers le centre d’accueil de la forêt de Gomantong Caves. Portion de forêt tropicale humide secondaire épargnée des planteurs de palmier à huile grâce à la présence d’immenses grottes, taillées par la pluie dans d’anciens massifs coraliens. Outre un bon million de chauves souris ces grottes renferment des milliers d’hirondelles, or les nids sont précieux et sont récoltés, la zone a donc été épargnée.

Sur la plateforme d’un pick-up voilà 20 minutes que mes yeux scrutent la forêt, sans grand succès je dois dire. Toujours un coup de retard, une tête d’arbre bouge, un regard interrogateur à nos hôtes je demande « macaque ? » « non, Red Leaf Monkey », ok je n’aurai encore cette fois vu que les branches bouger.
Parfois, tout de même l'oeil accroche autre chose que du vide:

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Pourtant ça y est je reconnais enfin les nids d’orang outan dans les arbres.
Très loin encore d’être capable d’en estimer, finement, l’ancienneté je suis déjà content de pénétrer un peu leur monde.

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D’un coup le 4*4 s’arrête, on s’agite, je scrute encore une fois la tête des arbres et … rien ! Dans l’excitation du moment j’entends que nous sommes devant un mâle orang outan. Aussitôt mes yeux repartent scruter les cîmes ... et reviennent encore bredouilles !
Je redemande : « mais ou ? », « Mais là juste devant toi ! ».
Nom de dieu de nom de dieu, ils voient un poil de cul au travers les feuilles ou bien je suis bigleux ? Et enfin ça me saute aux yeux, pour une fois ce n’est pas les cimes qu’il fallait guetter mais le tronc plus bas, à 20m de nous un mâle assez costaud est assis sur une branche basse et ne nous jette qu’à peine un regard !

11000 km de voyage viennent de trouver leur récompense, un grand singe roux chez lui et dans sa forêt.
Comme nous l’avait dit marc, l’orang outan est étrange, il ne semble pas vivre, tout a fait, sur notre planète. Observer des gorilles, des chimpanzés ou des bonobos en libertés produira immanquablement une réaction de leur part (curiosité, défense, etc).
Leurs modes de communication ne sont pas si éloignés des nôtres et, avec de l’observation, on apprendra à reconnaître les comportements.

L’orang outan, lui, est égal à lui-même, il n’émet presque aucun son, ne manifeste aucune nervosité dans ses gestes il vit sa vie à son rythme et dans son monde. Un observateur passe, il le regarde s’agiter 2 mn et retourne à son univers. Difficile d’établir un lien, difficile d’établir un contact, quasi impossible de saisir son état mental. L’esquive lui est facile dans son milieu naturel et son indifférence, ou sa sagesse, lui commande de ne pas rechercher le contact.

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En tout cas celui-là ne fait pas exception, il nous jette quelques regards indifférents et continue de s’occuper de son monde. Une minute passe et il se décide à continuer sa descente dans les branchages. La silhouette se perd déjà dans les feuillages. On voit de petits arbres bouger au sol et tranquillement il s’éloigne.

Le rendez-vous n’était pas pris, mais la rencontre à eu lieu et nous sommes heureux comme des gamins. Pourtant, nous ne le savons pas encore, mais notre bonne étoile est en pleine forme aujourd’hui !

Posted by Cécile BH on November, 12th 2007 at 07:38 PM ▲ Top ▼ Bottom

Carnet très intéressant :shock: Bravo!

Amicalement,

Cécile , pressée de connaître la suite de votre bonne étoile

Posted by Sébastien Meys on November, 13th 2007 at 09:04 AM ▲ Top ▼ Bottom

La suite de cette journée, je ne fais pas attendre Cécile trop longtemps :)

Gomantong Forest toujours, passée l’émotion de notre première rencontre, nous entrons dans le centre d’accueil et nous nous acquittons de la taxe d’entrée pour nous lancer sur un petit chemin en bois sur pilotis. L’accès est facile, c’est idéal pour nos premiers contacts directs et pédestres avec cette forêt tropicale humide secondaire. La chaleur est au rendez vous, l’humidité aussi et bien que très basse (10/15m) la canopée absorbe l’essentiel de la lumière solaire, ne laissant à nos yeux et objectifs, que la portion congrue.

La rumeur des insectes de la forêt est omniprésente et à peine nous avons fait quelques mètres que nous découvrons des bestioles plus étranges les unes que les autres !

Et le petit jeux du chat et de la souris recommence, mouvement dans les arbres, tout le monde se fige, les yeux fouillent la forêt, le bruit s’éloigne et j’entends « long tail » (comprendre macaque à longue queue). Cette fois j’ai vu quelque chose, par contre pour le photographier… c’est parfaitement illusoire.
Nous reprenons notre progression sur le chemin.

5mn se passent re-mouvement dans un arbre 5 paires d’yeux traquent le moindre mouvement. Puis le bruit reprend, sur un rythme plus lent, et une voix basse annonce « un orang, un mâle je crois ! » Le cœur bondit de nouveau, mes yeux passent en mode recherche accélérée pendant qu’un coin de mon cerveau réservé à l’analyse photo jauge la lumière et le contre jour.
Je bascule l’appareil en mode manuel pré réglé (1/400e et pleine ouverture), je saute rapidement à 800iso, m’assure que le flash est allumé et en synchro rapide et tandis que mes doigts déverrouillent la bague de dureté du 100/400 mes yeux repartent en recherche prêt à fouiller les branches dans mon viseur.

Et là… un cadeau tombé du ciel, oui c’est un orang, non ce n’est pas un mâle, c’est une femelle, accompagnée d’un jeune d’un peu plus d’un an qui commence à essayer, maladroitement encore, sa petite autonomie dans les branches.

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Ils sont là tous les deux, à 10 mètres, parfois moins, juste au dessus de nous.


maman
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La visibilité est plutôt correcte, je ne vois vraiment pas grand-chose dans le viseur mais surtout cela dure, dure, dure. Presque une heure au final. Le petit est jeune, encore maladroit dans les branches et se laisse rapidement distancer par sa mère qui vaque à sa recherche du dîner.
Dés que la distance entre eux deux dépasse 1 ou 2 mètres et/ou que le jeune n’arrive pas à emprunter le même passage le bout de chou se met à appeler. Un petit cri strident, puissant, déchirant à nos oreilles. Mais maman a décidé d’être un peu dure et elle ne répond pas immédiatement, continuant même parfois à s’éloigner ce qui renforce d’autant le volume et l’insistance de la plainte du bébé. Enfin elle revient vers lui pousse une branche ou fait elle-même le pont pour le récupérer et aussitôt il repart à l’aventure et le manège recommence.

Comme chez la plupart des grands singes la relation entre le bébé et la mère est très forte, mais c’est chez les orang outans que cet attachement est sans doute le profond. Là, à entendre ce petit appeler nous réalisons entièrement la force et la nature de ce lien.

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Nous les suivons d’arbre en arbre, en fait nous n’avons quasi pas à bouger, ils tournent au dessus de nos têtes. Eloignement, plainte, retour de la mère, éloignement, plaintes… les minutes s’égrènent et finalement la mère, ayant épuisé les quelques ressources alimentaire des arbres environnant, entreprend d’aller voir juste un peu plus loin.
oh pas grand-chose 20 ou 30m peut-être, mais cela eût pu tout aussi bien être un océan, difficile de sortir du chemin en bois sur pilotis et surtout pas de chemins alentours. Outre le fait que nous ne sommes pas équipés pour nous frayer un passage et que la zone est protégée, il est de toute façon assez illusoire de vouloir suivre un orang outan depuis le sol dans un espace de forêt non ouvert.

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Le cœur serré, encore les yeux humides, nous regardons nos deux boules rousses s’évanouir dans les branches. Quelques craquements encore puis nous reprenons notre chemin vers les grottes. La visite des grottes est loupée, il est tard, le soleil est bas, les chauves-souris commencent à sortir par dizaines de milliers en fleuve aérien et la grande grotte sera terriblement sombre mais qu’importe…

Nous ne le savons pas encore mais ces instants seront en fait nos derniers avec des individus sauvages. Nous en apercevrons un très furtivement depuis la rivière Kinabatagan quelques jours plus tard, observerons nids et traces fraîches avec les équipe du KOCP sur le terrain mais ce sera tout.

Une heure d’observation (d’une qualité exceptionnelle) en tout et pour tout durant les 15 jours du séjour, c’est peu et pourtant on nous l’aurait dit avant de partir que nous aurions signé des deux mains. Nous qui n’espérions qu’apercevoir quelques masses rousses sombres dans la canopée avons été plus que gâtés !

Posted by PIXI Pierre on November, 13th 2007 at 09:17 PM ▲ Top ▼ Bottom

Bonjour Sébastien,

Mais tu es à quelle distance pour mettre un flash ?
Tu dois être très près, parce que le nombre guide avec un flash intégré :?: :!:

D'ailleurs on voit l'éclair dans les yeux ou/et sur le ventre.
Alors 10m ?

C'est juste pour savoir, évidemment.

Autrement, le 1er c'est un mâle ?


Pierre

Posted by Sébastien Meys on November, 14th 2007 at 07:14 AM ▲ Top ▼ Bottom

alors le flash n'est pas le flash intégré mais un 580 EX donc avec de la puissance. Par contre c'était très juste quand même pour 3 raisons. D'abord la synchro rapide qui fait perdre considérablement en puissance (sur mon 20D l'X est au 1/250e et c'est insuffisant pour figer les animaux en dehors de tout pb de vitesse vs focale) ensuite le contre-jour et une cible très sombre. J'ai d'ailleurs fini avec une FEC à +2 pour arriver à obtenir un éclair vaguement correct (du moins suffisante pour permettre un traitement en RAW). Enfin l'animal lui même très sombre qui absorbe une grande partie de l'énergie de l'éclair.

Sinon la distance a été très variable, entre 20 et 10 mètres en gros suivant leur position dans les arbres.
Le truc c'est qu'il y avait vraiment pas de lumière, mon amie à 800 iso sur un 350D + 70/200 2.8 à PO accrochait péniblement le 1/100e de sec et encore en se calant en sous ex de 2/3 de diaph pour gratter un poil de vitesse.

Pour le premier OO oui la carrure laissait assez clairement penser à un mâle.

Posted by Alain ABBADIE on November, 14th 2007 at 09:33 AM ▲ Top ▼ Bottom

Formidable ce carnet de voyage, émouvant même pour la rareté des Orang outans avec leurs petits à l'air si fragiles.
Je comprends maintenant la forme du nid du Marsupilami : il a copié sur eux. :mrgreen:

Amicalement.

Alain.

Posted by Cécile BH on November, 14th 2007 at 10:59 AM ▲ Top ▼ Bottom

Quelle rencontre! Je n'ai aucune peine à imaginer votre état lorsqu'ils ont disparus dans la végétation ; un moment inoubliable certainement !

Amicalement,

Cécile

Posted by PIXI Pierre on November, 14th 2007 at 02:50 PM ▲ Top ▼ Bottom

Merci Sébastien,

Pour ce rappel utile pour ceux qui veulent aller dans la jungle indonésienne, amazonienne, ... : il n'y a pas de lumière dans la jungle tropicale :(

Je suis surpris qu'en synchro X (à 1/250e ici) tu aies du mal à figer le mouvement car c'est l'éclair qui fige le mouvement (sans dire de bétise il est aux alentours du 1/15000e). D'ailleurs comment pourrait-t-on faire de la stroboscopie autrement ? La vitesse X n'est qu'une vitesse... de synchro.
Il n'y a d'ailleurs pas de flou de bougé sur tes photos. :)

Le point intéressant c'est de savoir qu'il faut corriger de +2. Mais je pense que le fait que tu visais à contre-jour est important. Alors peut-être entre +1 et +2, suivant les conditions.

Etais-tu en TTL ? Le nombre guide du flash ?

C'est un mâle, le masque facial est déjà bien prononcé.

Pierre

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